si règne la confusion

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« … et s’impose donc comme la solution, évidente, à nos problèmes », dit-il fermement, alors que la lumière vacille. « Bravo ! » lancent certains, d’autres « Enfin ! » – et puis, après quelques instants, on entend : « Quoi ? … ». Silence. Quelqu’un demande : « La solution, la solution … mais à quel problème déjà ? ». On se regarde. On regarde l’orateur. Qui se reprend : « Mais enfin, celui qui nous crève les yeux et nous arrache la peau des pieds, celui qui nous assoiffe quand nous buvons ! ». Silence. « C’est le problème … de la vie ? », dit-elle, « … de la mort ? », interroge un autre, perplexe.

On se regarde.

La lumière part et puis revient.

On regarde un écran : quelqu’un décrit les effets apocalyptiques d’une maladie tout en niant son existence ; des individus manifestent contre le vol de mémoire ; les arbres sont arrachés pour avoir les idées claires ; des individus manifestent contre les manifestations ; un intellectuel dénonce une conspiration mondiale prétendant qu’il y a un monde ; des fascistes chantent en chœur devant un dépotoir ; des démocrates font la quête pour des fascistes ; des fascistes inventent une machine à aimer les machines ; des démocrates qui ont tué les antifascistes demandent de ne pas voter pour les fascistes ; des fascistes sont respectables ; des démocrates demandent de voter pour ceux qui aiment les machines-à-faire-du-fascisme ; des fascistes font la guerre ; des démocrates préparent la guerre ; des fascistes et des démocrates s’allient aux financeurs de la non-Terre ; un intellectuel dénonce une conspiration mondiale contre sa conspiration ; l’écran s’éteint.

Dans la pénombre de la salle, quelqu’un s’avance en tendant une feuille de papier à moitié déchirée : « j’ai pris des notes », dit-elle, « j’essaie de les lire… je lis : interdire le vote aux plus de 65 ans ». « Voter », dit-il au-dessus de son épaule, « mais on ne vote plus depuis longtemps… Quelqu’un se rappelle ici avoir voté » ? La lumière s’éteint. Dans le noir, une voix s’élève : « oui, pour un référendum : « Êtes-vous pour ou contre la suppression du vote » », c’était l’Époque des Référendums et nous avons aussi répondu à : « Êtes-vous pour un réchauffement global de : Option A) 3°C ; Option B) 5°C ; Option C) 10°C ? » ». La lumière revient. « Je lis aussi : abolir la propriété privée des moyens d’exaction, je lis » la lumière s’éteint « faire cesser immédiatement tout processus ayant pour effet de pourrir la vie, l’esprit, le futur et le passé de la promesse d’humanité, je lis » l’écran s’allume, on entend une musique militaire, des cris, des sirènes, des explosions, puis une musique d’ascenseur « ne jamais céder sur ce qui est incessible », dit-elle en relevant la tête.

La lumière grésille, puis s’éteint définitivement. Dans le noir, quelqu’un dit : « Ils ne nous auront pas » ; quelqu’un ajoute : « ils ne nous auront pas comme ça ».

Adam Losange, le 16 avril 2022

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